Parmi les personnes qui viennent à l’accueil de jour, certaines interagissent peu avec les bénévoles, préférant rester plus à l’écart. Les bénévoles sont encouragés à « aller-vers » ces personnes, à proposer un début d’échange pour aborder les raisons de leur venue à l’accueil et identifier leurs besoins d’accompagnement.
Pour faciliter le contact, le Secours populaire de Paris développe des partenariats avec des structures spécialisées dans différents types d’accueil. Ces partenaires contribuent à rythmer les temps d’accueil en proposant des activités complémentaires et, dans certains cas, un accompagnement dans la durée. Zoom sur trois d’entre elles.
Bamesso et ses amis : agir au plus près des personnes les plus éloignées du soin
Depuis deux ans, une fois par mois, l’association Bamesso et ses amis intervient à l’accueil de jour de l’Espace solidarité Ramey du Secours populaire de Paris. Au programme : prévention, dépistage et accompagnement autour du VIH/sida et des hépatites B et C, auprès de publics souvent éloignés du système de santé et des droits. Le Secours populaire de Paris s’est entretenu avec sa Fondatrice et Directrice générale, Caroline Andoum, pour évoquer l’inscription et la durabilité des activités de l’association auprès des publics accueillis par la Fédération de Paris.
Créée en 2008 et implantée en Seine-Saint-Denis, l’association accompagne des personnes en situation de grande vulnérabilité, majoritairement afro-caribéennes, parmi lesquelles de nombreuses personnes sans papiers ou primo-arrivantes. Son approche repose sur un accompagnement global mêlant accès aux droits, couverture maladie, soutien psychologique, prévention en santé sexuelle, consultations de PrEP (prophylaxie pré-exposition, un outil de prévention contre la contamination par le VIH) et orientation vers les soins d’urgence.
Au sein de l’Espace solidaire Ramey, les interventions de Bamesso et ses amis s’adressent aux publics les plus fragilisés accueillis par le Secours populaire. Le dépistage constitue souvent un premier point de contact, permettant ensuite d’ouvrir un accompagnement plus large, à la fois médical, social et psychologique.
Initialement impulsée dans le cadre du programme Paris sans sida, cette action s’est progressivement inscrite dans la durée. Aujourd’hui pleinement intégrée aux activités du Secours populaire de Paris, elle repose sur une coopération étroite entre les équipes des deux structures, avec un objectif commun : aller vers les personnes les plus éloignées des dispositifs de prévention et de soin.
Pour Caroline Andoum, ce partenariat vient « compléter les actions et services du Secours populaire » en apportant une réponse de proximité essentielle. Elle évoque un accompagnement profondément humain, fait de rencontres souvent nouées au détour d’un café ou d’une démarche administrative, avant d’ouvrir la voie vers un dépistage ou un parcours de soin.
Certaines situations particulièrement critiques ont marqué les équipes : des personnes vivant à la rue découvrant leur séropositivité et nécessitant une orientation immédiate vers un hébergement et une prise en charge médicale. Des réalités qui rappellent combien la proximité, la confiance et le travail partenarial sont essentiels pour atteindre les publics les plus vulnérables.
Camping-Care : un moment de répit et de soin pour les femmes accueillies à l’Espace solidarité Ramey
Depuis un an, un camion un peu particulier s’installe régulièrement dans la cour de l’Espace solidarité Ramey. À son bord, non pas des consultations administratives ou médicales, mais un espace de bien-être pensé pour les femmes en situation de précarité. Portée par l’association Camping-Care, cette initiative propose des soins esthétiques et de coiffure dans un cadre sécurisant et bienveillant, en complément de l’accompagnement social déjà mené par le Secours populaire de Paris.
Créée en février 2024, Camping-Care est une association itinérante qui intervient aujourd’hui dans une vingtaine de structures chaque mois en Île-de-France. Son objectif : offrir un temps de pause et de répit à des femmes souvent confrontées à des parcours de vie marqués par la précarité, l’isolement ou les violences. Pour Léna Duverneuil, responsable de projets au sein de l'association, les missions de Camping-care s’inscrivent dans la continuité du travail social déjà engagé au sein des structures partenaires, très souvent de grandes associations de lutte contre l’exclusion.
Toutes les trois semaines, le camion prend ses quartiers dans la cour de l’Espace solidarité Ramey le temps d’une journée. Les rendez-vous sont organisés en lien avec les équipes du Secours populaire, notamment via les maraudes et les dispositifs d’accompagnement des femmes. Un défi, car les femmes accompagnées par le Secours populaire restent rarement toute la journée sur place : il faut donc créer un climat de confiance, rassurer, accompagner.
À bord du camion, les soins sont prodigués par des socio-esthéticiennes et socio-coiffeuses, des professionnelles formées à accompagner des publics en grande vulnérabilité, des métiers que l’association s’efforce également à promouvoir. Au-delà du geste esthétique, leur travail mobilise une forte dimension relationnelle et psychologique. « Se regarder dans un miroir, être touchée : cela peut être très intimidant pour certaines femmes qui, souvent, ont été confrontées à des violences », souligne Léna Duverneuil.
Une personne dédiée assure également le lien entre les femmes, les structures d’accueil et l’équipe du camion, afin d’expliquer le déroulement des soins et instaurer une relation de confiance.
Lorsque cela est possible, notamment l’été ou à l’approche des fêtes de fin d’année, Camping-Care prolonge sa présence à Ramey. Cet été, le camion sera ainsi installé pendant dix jours dans la cour de l’Espace solidarité, offrant davantage de possibilités d’accueil aux femmes accompagnées.
Pour l’heure, l’association ne dispose que d’un seul camion en région parisienne, limitant la fréquence des interventions. Par le prisme d’un système de franchises sociales portées par d’autres associations, deux autres camions sillonnent aujourd’hui Marseille et le Nord de la France. A l’horizon 2028, Camping-Care souhaite déployer huit camions en France, notamment dans des territoires ruraux, afin d’aller à la rencontre de femmes isolées ou victimes de violences, souvent éloignées des dispositifs d’aide.
L’Equipe mobile psychiatrie-précarité Paris Nord-Ouest, un appui pour les personnes accompagnées et les bénévoles
Il y a deux ans, le Secours populaire de Paris a ajouté à ses actions de santé une permanence psychologique. Tous les jeudis matin, l’Equipe mobile psychiatrie-précarité (EMPP) Paris Nord-Ouest reçoit sur rendez-vous des personnes accompagnées par la fédération pour un suivi psychologique et, si besoin, une orientation vers les services de soin adéquats.
Les EMPP parisiennes ont été créés en 1997 par cinq hôpitaux de la capitale, puis étendues à tout le pays par une circulaire de 2005, qui a également reprécisé leurs fonctions. Les équipes parisiennes sont à présent réunies au sein du Groupe hospitalier universitaire (GHU) de Paris. Leur objectif est de donner accès à des soins psychiatriques à des populations précaires qui sont souvent, par manque de moyens et d’informations, très éloignées de ces aides.
L’EMPP du Nord-Ouest agit sur les 8e, 9e, 17e et 18e arrondissements, dont une fois par semaine à l’Espace solidarité Ramey. L’équipe, composée de trois psychologues et deux infirmiers, reçoit des personnes orientées par les bénévoles pour un suivi psychologique. Cet accueil est confidentiel, et progresse toujours au rythme qui convient à la personne accompagnée. « Parfois, les discussions restent générales pendant plusieurs séances, peut-être des mois, avant que la personne ne se sente suffisamment en confiance pour évoquer des problèmes plus profonds. Cela fait partie de l’accompagnement, » explique Kevin, infirmier de l’équipe.
Ghania, psychologue et responsable de l’équipe, insiste sur ce point : l’accompagnement se fait avec l’accord de la personne et en lien avec les bénévoles du Secours populaire de Paris. Ce sont notamment ces derniers qui proposent aux personnes qu’ils reçoivent de rencontrer l'EMPP. Ils renseignent alors un dossier indiquant notamment l’identité de la personne et les raisons de son orientation. Cela permet de vérifier si elle a des antécédents dans un service de santé, mais aussi de créer une relation de confiance en passant par quelqu’un de déjà connu.
Dans le même temps, l’EMPP effectue également un travail d’accompagnement auprès de nos équipes, comme de tous ses partenaires. Les bénévoles de l’accueil de jour sont formés à orienter et à accompagner au mieux les visiteurs, mais ne sont pas des professionnels de la santé, ce qui peut créer des situations difficiles.
L’EMPP Paris Nord-Ouest leur propose donc régulièrement une réunion d’échange. Les équipes peuvent y évoquer les situations difficiles que chacun a vécu, et les solutions adoptées pour y répondre. Cela permet non seulement d’extérioriser le sentiment d’impuissance parfois créé par ces interactions, mais aussi de rendre compte des comportements qui fonctionnent ou non pour y répondre au mieux.
En complément, les membres de l’EMPP sont présents pour déstigmatiser et fournir des clés de compréhension des troubles psychologiques rencontrés. Ils attirent également l’attention des bénévoles sur des comportements non-intrusifs, donc peu visibles, mais qui sont aussi indicatifs d’une détresse et peuvent donner lieu à une orientation.
Ces différents aspects du partenariat avec l’EMPP Paris Nord-Ouest montrent l’importance de ce partenariat pour les deux entités ; pour la création d’un lien de confiance et la capacité à proposer une aide psychologique adaptée à celles et ceux qui en ont besoin.