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Maraudes du Secours populaire

Baromètre Ipsos/SPF 2026
Pauvreté, la France décroche en Europe

Des revenus insuffisants, de multiples privations qui s’aggravent et des Français qui souffrent beaucoup plus que leurs voisins européens : 20 ans après son premier baromètre, le Secours populaire continue de sonner l’alerte.

Les personnes interrogées cette année redessinent un panorama aussi sombre que les années 2022-2024, déjà marquées par une crise énergétique. Du Proche-Orient à l’Afrique de l’Est et de Lviv à Ormuz, l’emploi de la force brute n’en finit plus de produire de l’horreur mais aussi des tensions sur les prix de l’énergie et du transport maritime qui pèsent sur le quotidien des Européens.

Les indicateurs de précarité témoignent d’une fragilisation croissante des personnes et des familles. Près d’un Européen sur trois considère qu’une « dépense imprévue peut [le] faire basculer » (29%, en hausse de 1 point). En France, un quart de la population (26%) se déclare en situation de fragilité économique, un chiffre en hausse de pas moins de 6 points en un an.

Français et Européens jugent leur revenus trop faibles

La montée des prix de l’énergie et la mise sous contrainte des budgets sociaux se traduisent par la hausse chronique du coût de la vie. Résultat, Français et Européens jugent leur revenus insuffisants. En France, pas moins de 40 % des actifs estiment que leur travail ne leur permet pas de couvrir l’ensemble de leurs dépenses. Plus 10 points. Dix points en un an. On peut parler de choc. 

« C’est sans doute le chiffre le plus fort. Il illustre le constat quotidien que font les bénévoles : les personnes accueillies gèrent leur budget, font au mieux, mais gagnent à peine de quoi vivre dignement », souligne Houria Tareb, secrétaire nationale du Secours populaire en charge de la solidarité en France.

40 % des actifs français estiment que leur travail ne leur permet pas de couvrir l’ensemble de leur dépenses (Ipsos / Secours populaire 2026)

Pris entre l’étau de revenus faibles et de dépenses incompressibles, 18 % des Français vivent à découvert (+ 3 points depuis 2025). « Nous voyons sans cesse des gens qui, après le 20 du mois, n’ont pas de quoi mettre de l’essence dans leur voiture pour aller travailler et doivent dire ‘‘non’’ à leurs enfants – systématiquement – quand ils font des courses », ajoute Houria Tareb. Pour le moment, la situation des autres Européens ne s’est pas autant dégradée, mais un tiers d’entre eux ne disposent pas de revenus suffisants pour couvrir l’ensemble de leurs dépenses.

Cette pression sur les budgets se traduit par une dégradation des conditions de vie pour des millions de Français et d’Européens. Elle prend notamment la forme de difficultés croissantes d’accès à une alimentation suffisante et de qualité. Ce sont ainsi 37 % des Français qui ne peuvent pas se procurer une alimentation saine à même de leur permettre de faire trois repas par jour (+4% en un an). Pour les ménages percevant au maximum le SMIC, cette proportion atteint même le chiffre de 58%, au péril de leur bien-être et de leur santé.

« TROP CHAUD, TROP FROID, TROP CHER » : lire l’enquête Ipsos/Secours populaire sur l’ampleur de la précarité énergétique en France et en Europe

Même la quantité pose des problèmes, ce qui était marginal il y a 20 ans : 29% des Français ont déjà sauté un repas alors qu’ils avaient faim, dont 11% dans les six mois avant l’enquête. Un scandale auquel les autres Européens sont en moyenne un peu moins exposés (respectivement 26% et 10% des personnes concernées).

« Comme le montrent ces résultats, les besoins demeurent élevés dans plusieurs pays et augmentent même en France. Ils rappellent l’importance du maintien des dispositifs européens d’aide alimentaire aux personnes démunies », relève Sébastien Thollot, secrétaire national du Secours populaire, chargé des questions européennes.

Lire l'ensemble des résultats du baromètre Ipsos / Secours populaire 2026

Au-delà de l’alimentation, les difficultés s’aggravent après l’accalmie de 2025 : près d’un Français sur deux ne peut payer les frais d’essence ou les abonnements aux transports en commun (46%, soit une envolée de 12 points en un an). Il faut dire que le logement siphonne une grande partie de l’argent disponible : 33% des Français ont du mal à payer leur loyer ou leur emprunt immobilier, voire les charges du logement (+5 points). Pour les ménages aux revenus inférieurs à 1 400 euros, la situation est encore plus critique avec des réponses plus élevées de 17 à 20 points, respectivement, pour le transport et le logement.

Au-delà des privations empêchant de maintenir l’existant (sa santé, son foyer, sa force de travail, son statut social), un autre aspect de la précarité est mis en lumière : à travers le renoncement aux loisirs, aux vacances, aux sorties familiales, le manque de moyens réduit aussi les possibilités de s’émanciper, d’embrasser pleinement la vie, de tracer son futur en harmonie avec ses contemporains.

Plus d’un Français sur deux peine à partir en vacances au moins une fois par an (55 % soit une hausse de 6 points en un an). Les résultats sont encore pires pour les sorties au cinéma ou au restaurant : 66% des répondants déclarent avoir dû y renoncer (+6 points en un an). C’est même près des trois quarts des Français qui ont dû faire une croix sur les sorties en famille (73% contre 64% il y a un an). Près des deux tiers ont été contraints de restreindre leurs déplacements en voiture ou en transports collectifs (64%, +11 points).